Reportage N°10: Jean Paul Ollivier.
S’il est un des prothésistes du grand Ouest connu comme le loup blanc à qui l’on met aussitôt un visage sur le nom, c’est bien Jean Paul Ollivier. A l’image de ses nombreuses connaissances dans le milieu de la prothèse, son parcours professionnel est un véritable roman tout comme ses anecdotes croustillantes qu’il aime à nous compter au détour d’un repas convivial. Gros plan sur ce personnage jovial et attachant plus diplômé et titré qu’un général héroïque rentrant de campagne !
Jean Paul, décrivez-nous votre parcours professionnel.
Pour reprendre du début, la vocation m’est venue de mon père qui à l’époque était prothésiste salarié chez un dentiste. Très jeune, un de mes loisirs favoris consistait à traîner dans le laboratoire paternel situé sur les quais de Rennes et de l’observer travailler. Alors tout naturellement en 1963 j’entreprends un CAP par apprentissage à Rennes et quelques années plus tard en parallèle d’un emploi de prothésiste puis de chef de laboratoire, je réalise par correspondance un cycle secondaire d’étude avec le CNTE (CNED aujourd’hui). En 1973, suite à un heureux concours de circonstance et contre la volonté de mon père plutôt de conviction prolétariale, je crée avec mon ami Jean Michel Brossard mon premier laboratoire. Ce souvenir est encore présent comme si c’était hier : comme dans un film, la veille de Noël 1972, je rencontre ce fameux ami sur la place du Parlement de Rennes qui me propose de m’installer avec lui. Nous nous retrouvons en début d’année 1973 et grâce à l’aide de son père Industriel et à une bonne dose d’huile de coude pour l’aménagement de la structure, nous ouvrons 4 mois plus tard. Notre association durera jusqu’en 1977, date à laquelle je prends mon envol en solitaire. En 1979, je mets les petits plats dans les grands avec la construction d’un nouveau laboratoire (150 m²) avant gardiste quant à son architecture octogonale et son aménagement ergonomique intérieur. J’en profite pour passer de 1982 à 1985 mon Brevet de Maîtrise niveau III (Bac+2) à l'I.S.N.A. de Metz qui constitue la première promotion. Fin 1991, je stoppe l’activité de mon laboratoire et intègre une société de négoce dentaire avec le statut de chef de produits laboratoires avant d’être lâché par des investisseurs frileux et de me remettre à mon compte de 1993 à 1995 avec la création d’une société de distribution dentaire.
Une mentalité et une concurrence malsaines finissent de me convaincre d’abandonner cette voie pour accepter une proposition de Guy Gautier de réintégrer la formation à la Chambre de Métiers et de mettre en place le BTMS. En Janvier 2000, je prends la responsabilité de la section prothèse dentaire de la faculté des Métiers Ker-Lann à Bruz dans la périphérie de Rennes.
Jean Paul et ses activités extra professionnelles.
Avec 125 élèves formés sur 3 niveaux dans 9 classes différentes, Jean Paul contribue grandement à la pérennité et au renouvellement de la profession, qu’il porte parfois à bout de bras avec des prises de position en faveur de la formation initiale et continue. Une rencontre importante se produit en 1986 avec Gérard Portat, chargé d’enquête pour harmoniser les diplômes au niveau européen. Fasciné par notre BM3, c’est lui qui initie le rapport pour faire passer la profession d’un niveau, à l’époque maximum 4 à un niveau 3 par l’apprentissage.
Nous pouvons aussi évoquer le rôle de Jean Paul dans l’expérimentation nationale du BTM de 1990 à 95 et du BTMS de 1995 à 2002, date à laquelle il réussit à faire homologuer le BTMS aux Titres et Diplômes à l’issue d’une séance mémorable d’interrogation devant la commission d’homologation seul face à un jury impressionnant épaulé par Philippe Gay, inspecteur de l’éducation nationale et rapporteur du dossier. Et que dire de la médaille d’or de la profession qu’il reçoit des mains de Farrugia, Directeur de la formation à l’APCM, pour ses nombreuses actions en faveur de la filière.
Et pour donner un aperçu de l’ampleur de la longue liste d’actions de ce fervent militant (au sens noble du terme), qui a également été fabricant de bateaux, torréfacteur ou encore gérant de société de maisons individuelles, voici un panel non exhaustif de ses casquettes et de ses engagements passés et présents:
Président du syndicat professionnel d'Ille & Vilaine et Président adjoint de l’union bretonne, membre de l'UNPPD, correcteur du BM niveau IV, organisateur et correcteur du CAP, organisateur du Congrès national des prothésistes dentaires de 1982, professeur vacataire à l'institut de formation artisanale d'Ille & Vilaine, fondateur du laboratoire de formation des prothésistes dentaires de Bretagne, expert correcteur du BM niveau III à l'ISNA de Metz, membre de la commission de choix de sujets des Brevets de Maîtrises nationaux, co-concepteur (avec Georges Cottin et Gérard Corsy) du référentiel emploi et du référentiel formation pour les B.T.M. et les B.T.M.S. pour l'observatoire des nouvelles qualifications au Ministère de l'Artisanat, responsable de l'expérimentation nationale menée par le Ministère de l'Artisanat et l'Assemblée permanente des Chambres de Métiers à l'I.F.A. de Rennes, membre élu de la chambre de métiers d'Ille & Vilaine, Président de la commission de la formation professionnelle, de la promotion sociale et de l'emploi, Président adjoint à la commission de l'enseignement, à l'UNPD, réalisation et mise en place d'une formation d'assistante prothésiste-dentaire pour la région Bretagne, membre de la 20 ème C.P.C. au Ministère de l'éducation nationale pour la mise en place du C.A.P. rénové et animateur de stages professionnels et de conférences en tous genres… Vous l’avez bien compris, Jean Paul Ollivier n’est pas homme à rester les deux pieds dans le même sabot et le don de soi est une seconde nature tout comme la passion qui l’anime que lui avait fait amicalement remarqué Claude Guéant.
Jean Paul, parlez-nous un peu de l’Afrique.
Cette expérience remonte à 1988, lorsque sur la demande d’un de mes anciens élèves Monat Ntunzwznimana, je l’ai aidé à créer de toute pièce un laboratoire de prothèse dentaire au Burundi, précisément dans la Capitale Bujumbura. Pendant un mois à titre bénévole, je suis allé sur place avec du matériel que j’ai importé de France et que j’ai installé avec les moyens du bord et y suis retourné en 1989 pour dispenser ensuite des cours de céramique. La structure sur place a rencontré l’approbation des autorités et le Ministre de la santé en personne a participé à l’inauguration du laboratoire en me remerciant chaleureusement et en me priant de transmettre ses amitiés au Président Mitterrand !
Selon vous, quelles qualités requièrent le métier de prothésiste ?
Un jeune souhaitant intégrer la profession se doit d’être très manuel et observateur, d’avoir du goût et de la sensibilité pour la matière car le métier est avant tout tactile, des connaissances en couleurs, formes, volumes et une curiosité pour aller chercher l’information. Dans notre métier rien n’est jamais acquis et une remise en question passe inévitablement par la formation continue et une écoute permanente pour être en mesure d’aborder les nombreux champs d’application de la prothèse dentaire. Une prothèse que l’on considère comme techniquement réussie ne plaira pas forcément au patient qui aura ses propres gouts esthétiques indépendamment des contraintes techniques.
Comment voyez-vous votre métier et son avenir?
Je suis persuadé qu’il y aura de plus en plus de contacts et de conseils auprès de la patientèle et d’échanges avec nos praticiens, car nous seuls, connaissons les éléments pour argumenter sur des choix prothétiques et techniques. D’où l’intérêt de la formation initiale et continue pour maintenir le niveau de ses connaissances et suivre les évolutions technologiques. Le dentiste doit percevoir le prothésiste comme un partenaire de santé pour répondre au mieux aux attentes de son patient.
Des projets à venir ?
Peut être dans une autre vie ou dans celle-ci, je songe à la création d’une profession intermédiaire et complémentaire entre le prothésiste et le dentiste, à savoir conseiller en prothèse dentaire. En quelque sorte, il s’agirait d’un bureau d’étude ou un cabinet conseil avec pour vocation d’orienter le patient sur des choix prothétiques et vers des laboratoires et des cabinets susceptibles de répondre aux attentes prothétiques choisies par le patient.
Avec toujours le même enthousiasme et la même motivation pour le bien de la profession, je souhaite participer à la mise en place du futur Master de santé bucco dentaire et bien sûr au développement économique et commercial de la société Ivory, dans laquelle je suis déjà impliqué depuis plusieurs mois.
Jean Paul et les loisirs ?
Si Jean Paul a bien les pieds sur terre, depuis tout petit, à l’image du petit prince de Saint Exupéry, il rêve de s’envoler. Mais issu d’un milieu ouvrier modeste, ce rêve d’enfance est resté longtemps inaccessible, voire utopiste. Mais un jour sa bonne étoile exhausse ce souhait. Profitant de la fermeture de son laboratoire et par conséquent d’un regain de temps de libre pour le cercle familial, il s’attèle à prendre des leçons de pilotage à Saint Brieuc en 1992. Il ne tarde pas à obtenir sa licence de pilote privé et totalise à ce jour pas moins de 250 heures de vol aux commandes de son Piper ou son Cessna. Comme toujours l’implication personnelle qui le caractérise le propulse Président de l’aéroclub de Rennes. Et comme l’avion est un formidable moyen de déplacement avec lequel la terre vue du ciel révèle toutes ses couleurs et ses nuances, c’est avec ses amis que Jean Paul s’évade régulièrement par les airs dans toute la France et se pose au grès du vent ou à la table de bons restaurants puisqu’en épicurien, la cuisine fait partie des plaisirs de la vie qu’il affectionne tout naturellement.
Et quand l’heure méritée de la retraite aura sonnée, il n’est pas exclu que Jean Paul participe à un certain nombre de rallyes aériens à destination notamment du Maroc ou du Sénégal, histoire de profiter d’une retraite ensoleillée. Alors, heureux qui comme Jean Paul fera des longs voyages… !



Par Stéphane Lesauvage.