Les prothésistes dentaires face à la mondialisation
Un marché mondialisé
Peu de secteurs de l’économie échappent, de nos jours, aux enjeux et aux questions que pose la mondialisation. Et la profession de prothésiste dentaire, longtemps envisagée comme une activité purement artisanale, n’est pas épargnée par l’évolution des marchés et des technologies. Les défis auxquelles elle doit faire face sont multiples.
Aujourd’hui, une prothèse dentaire posée par un dentiste peut être fabriquée sur le sol français comme en Tunisie ou en Asie. Sur ce point, le constat de l’Union nationale des patrons prothésistes dentaires, l’UNPPD, est sans équivoque. Pour elle, les quelque 5000 laboratoires de prothésistes dentaires français subissent une réelle concurrence de l’étranger, notamment l’Asie du Sud Est, les pays de l’Est et ceux du Maghreb, car les coûts de main d’oeuvre, et de fait ceux des produits, y sont inférieurs à ceux de l’Hexagone.
Tout aussi révélateur des nouveaux enjeux, un nouveau phénomène a fait son apparition. Celui du tourisme dentaire. Il est maintenant possible de partir trois ou quatre jours en Hongrie ou en Turquie et de revenir avec une dentition refaite à neuf pour un prix de soins défiant toute concurrence. Une réalité qui inquiète la profession.
Une mutation des modes de production
Dans le même temps, les modes de fabrication des prothèses ont évolué. Les techniques de production industrielle, notamment utilisées dans les pays européens, comme l’Allemagne, sont de plus en plus présentes et répandues. La céramique, pressée, sintérisée, la zircone et les matériaux composites sont en voie de supplanter la prothèse en métal. Il est aussi possible de fabriquer une prothèse dentaire sur mesure à partir de la numérisation d’un moulage en plâtre,l’implantologie en grand développement et ses solutions industrielles de plus en plus numériques. De quoi transformer la vision artisanale du métier.
Dans ce contexte de mutation, deux questions s’imposent. Comment assurer le maintien d’un savoir faire en matière de prothèse dentaire et comment maintenir un nombre satisfaisant de laboratoires sur le territoire ? Des pistes de réflexion apparaissent.
Améliorer l’efficacité de la filière
L’amélioration de l’organisation de la filière et une meilleure connaissance de sa structuration économique sont devenues une nécessité. Car la baisse des coûts de production peut passer par une meilleure organisation des laboratoires entre eux. L’idée de mutualiser certaines ressources fait son chemin. Concrètement, elle peut se traduire par la mise en commun d’une partie du personnel, comme les livreurs, les techniciens de laboratoire ou un pool de secrétariat. Elle peut aussi prendre corps dans la création de groupements d’achat pour les matières premières ou pour le matériel onéreux, tels que les compresseurs…etc
Recherche et formation
Enfin, si le prothésiste dentaire reste un artisan, il travaille aussi et de plus en plus avec des outils de haute technologie. La consolidation de la filière de formation et de recherche apparaît donc à certains acteurs du secteur comme une solution pour maintenir son niveau de compétence. En Bretagne, des réflexions ont d’ailleurs débuté sur l’opportunité de créer un pôle de compétence qui profiterait à la filière de la prothèse dentaire. Il rassemblerait écoles, entreprises, industrie et recherche pour rapprocher de manière concrète la formation, l’innovation et la fabrication.
Autant de façons de proposer de nouvelles pistes de travail pour ne pas sombrer dans une vision pessimiste de l’avenir mais tenter de maintenir la vitalité de la filière française sur le marché européen et mondial.
Virginie JOURDAN
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